Fil de trame. //collectif Parallèle//

 

Il nous fallait tirer le premier fil de ce qui, en collectif, constituerai la première ligne de trame de ce que nous espérions devenir un ensemble divers, harmonieux et fluide, une succession de fils, des histoires infimes qui tissées raconteraient nos visions en points de vues, jusqu’à devenir notre étendard.

C’est ainsi que nous avons décidé de déplacer nos regards en Pologne, dans cette ville qui fait écho à la notre, l’écho immense et lointain d’une ville qui fut un empire de l’industrie textile avant que la seconde guerre mondiale ne la ravage et que la crise ne continue de la vider de sa population…

De Lódz nous ne connaissions que l’histoire, des mots et des archives, nous partions pour un territoire libre d’affect, pensions nous,  mais à plusieurs nous réalisons très vite que nos mondes se déplacent avec nous, qu’ils proposent et interprètent et bien que nous cherchions tous un sujet pertinent lié à ce que nous savions, c’est une photographie spontanée de sensation immédiate qui a pris le dessus.

Bien sûr il y avait le ghetto de Lodz, premier grand ghetto instauré par les allemands en 1940, mais c’est au cœur de la ville que Laure Abouaf a préféré promener son regard discret, entre les immeubles  et les ruelles, elle regarde les choses oubliées, dans les cours sur les trottoirs elle compose en carré des petites scènes subtiles où la présence n’est souvent que suggérée.
Bien sur il y avait la désindustrialisation de la ville, mais c’est à l’espace qu’a créé cette chute brutale de la population que s’est intéressé David Duchon-Doris, à la sensation d’une ville remplie d’objet plus que de gens, en attente dans la lumière;
Nous savions pourtant que la ville faisait des efforts pour réhabiliter son patrimoine, on nous a vanté son dynamisme, une immense ville en chantier, la troisième plus grande ville de Pologne, Mais c’est à ses passants solitaires que Zacharie Gaudrillot Roy s’est attaché, leurs attitudes dans l’attente, à un moment de transition lente, leurs corps dans une ville qui semble trop grande pour son nombre d’habitants ;
Peut être les voyions nous moins, ces gens pressés, très occupés, jeunes cadres et étudiants, peut être aussi que ça n’était simplement pas le sujet de Benjamin Lorieau qui a suivit d’un bus à l’autre, dans les rues et dans les tramways, ces gens qui se déplacent sans hâte dans la routine d’un quotidien qui les conduits d’un lieu à l’autre de la ville.
Une cartographie intime empruntée et laissée au hasard, que l’on retrouve dans les images de Melania Avanzato, déplaçant son objectif d’un décor à l’autre, entre présent et mémoire, tentant d’englober tout à la fois l’histoire des murs et le passage du monde, dans une ville que l’on savait déjà scrutée, offerte aux regards attentifs de la plus grande école de cinéma de Pologne.

C’est précisément dans cette étrangeté nostalgique que nous nous sommes engouffrés, dans cette faille que nous avons tiré les fils de nos séries. Toutes ces histoires croisées ne se veulent pas exactement représentatives de ce qu’est la ville, elles ne sont qu’un point de vue, car comme le disait Anaïs Nin, nous ne voyons jamais les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous sommes…