Dans mes jeunes années,  cet endroit semblait un immense canyon. Cet îlot de pins et de pierres rouges dans le sud de la France était mon terrain de jeu, de promenades interminables avec mon père. J’étais un indien, j’étais un chevalier, j’étais un animal sauvage… puis j’ai grandi et le terrain a rétréci. J’ai quitté ce territoire aride pour de grandes villes pleines d’eau. Et il y a eu le grand incendie, ça n’était pas le premier mais cette fois, le feu a tout défriché, carbonisé les arbres qui étaient là bien avant nous, qui abritaient  d’ombres bleues mes souvenirs d’enfants, ravagé les sentiers, les herbes folles aux pieds des excroissances accidentées…   C’est pourtant  sur cette terre brulée, après que le feu ait anéanti tant d’années, de végétation, après la tristesse que la désolation procure, que j’ai redécouvert le canyon,  immense à nouveau, nu au milieu des cendres.